Ici, la page où je réfléchis,
tant que faire se peut

Tout est fait dans le quotidien de notre pays nanti pour que cette question propre à l'humain ne se pose pas. C'est normal, depuis qu'on est capable de se la poser, on a cherché tous les moyens non pas d'y répondre car on sait que c'est impossible, mais de l'oublier.

D'oublier quoi ?

La question qui nous est aussi naturelle que la faim, le désir sexuel ou les 3 temps de la défécation : A quoi bon tout ceci ?

Il est plus que compréhensible que des dogmes, des croyances et des habitudes rituelles nous permettent d'éluder cet insondable mystère ; on ne peut rien construire sur un pareil doute. Se poser cette question toute con est même à mon avis profondément antisocial - quand ce n'est pas un seulement un jeu de l'esprit.

Je crois que toutes les activités humaines de toutes les parties du globe n'ont pour but que d'oublier qu'on ne peut pas répondre à cette question. La ménagère, le soldat, l'héroinomane, la laborantine et tous les autres ne veulent connaître que ce qui rythme leur existence : la traque de la saleté, l'obéissance aux ordres, la recherche de drogue, la vérification de l'expérience. Le travail quel qu'il soit est l'adoption d'un rythme qui remplace l'angoisse du questionnement fondamental, comme la danse est un autre rythme qui fait momentanément oublier le premier. Toute activité est un leurre. Malgré les formidables possibilités d'échange entre les incroyables stocks de savoir et de connaissances qui s'inventent chaque jour aux quatre angles de nos civilisations, on se réfère toujours à ce qu'ont écrit des penseurs ou prophètes morts, quand ce n'est pas à Sans Aucun Doute ou Zone Interdite..

Peu de gens dont ce n'est pas le métier se demandent ce qu'ils sont et ce qu'ils font là. Comme si seuls les philosophes ou les politiciens étaient habilités à y réfléchir et à proposer des perspectives... Pourtant, il n'y a pas que le personnel de Midas ou Speedy qui s'autorise à bricoler les moteurs à explosions...

Les Feux de l'Amour ou Cris et Chuchotements nous touchent plus que la détresse sociale ou sentimentale du voisin de palier.

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